Un téléphone rangé, les deux mains sur le volant et le regard dirigé vers la circulation : dans ces conditions, une conversation peut sembler peu gênante. Pourtant, une étude menée en 2026 auprès de 26 conducteurs sur simulateur montre que parler au téléphone peut affecter la conduite sans détourner franchement les yeux de la route. Temps de réaction, vitesse, freinages et navigation : plusieurs différences apparaissent pendant la conversation.

Peut-on être distrait au volant sans regarder son téléphone ?

Oui. C’est précisément le phénomène mis en évidence par cette expérimentation. Les conducteurs étudiés continuent globalement à regarder devant eux pendant une conversation téléphonique. Pourtant, plusieurs mesures montrent simultanément une dégradation de leur conduite.

Cette distinction est importante. La distraction liée au smartphone est souvent associée à des comportements facilement identifiables : lire un message, saisir une adresse dans le GPS, chercher un contact ou manipuler l’appareil.

Mais une conversation sollicite elle aussi le conducteur. Il faut écouter son interlocuteur, comprendre ce qu’il dit, réfléchir et préparer une réponse, tout en continuant à analyser la circulation.

Le principal enseignement de l’étude : garder les yeux sur la route ne garantit pas que toute l’attention nécessaire à la conduite soit disponible. Une partie de l’attention peut être mobilisée par la conversation alors que le comportement visuel du conducteur semble normal.

Comment les chercheurs ont-ils testé les conducteurs ?

L’étude a été réalisée en 2026 par OpinionWay pour Assurance Prévention avec Develter Innovation. Elle cherchait spécifiquement à mesurer l’impact d’une conversation téléphonique sur la vigilance au volant.

L’expérimentation a réuni 26 conducteurs âgés de 21 à 59 ans. Tous étaient titulaires du permis B et utilisaient régulièrement une voiture personnelle ainsi qu’un téléphone.

Chaque participant a conduit sur un simulateur équipé d’un système de suivi du regard. Le principe consistait à lui faire réaliser le même parcours dans deux conditions :

  • une conduite sans conversation téléphonique ;
  • une conduite avec une conversation quasi continue avec une intelligence artificielle.

Le trajet mesurait 37 km et reproduisait différentes situations rencontrées lors d’un départ en vacances. Il comportait 3 km en ville, 17 km sur route départementale et 17 km sur autoroute.

Le scénario incluait notamment des intersections, des feux, des changements de limitation de vitesse, des contrôles radar, des motos, une circulation autoroutière dense et des véhicules arrêtés. Les participants devaient également suivre les indications d’un GPS.

Au total, les chercheurs ont analysé plus de 1 924 km et 26 heures de conduite simulée.

Que se passe-t-il au niveau du regard lorsqu’on téléphone ?

Les résultats concernant le regard pourraient, à première vue, être rassurants.

Sans conversation, les participants regardent vers l’avant pendant 75,3 % du temps. Lorsqu’ils sont en conversation, cette proportion atteint 73,8 %.

La différence reste donc limitée.

Les chercheurs ont également calculé un indicateur associant la vision vers l’avant et le contrôle des rétroviseurs. Il représente 81,8 % du temps sans conversation et 82,4 % avec conversation.

Sur ce critère, la conversation ne provoque donc pas de diminution apparente de l’attention visuelle à la route.

Mais d’autres mesures évoluent.

Les clignements des yeux augmentent de 57 %

Les chercheurs enregistrent 295 clignements sans conversation contre 463 pendant la conversation téléphonique.

+57 %

C’est l’augmentation du nombre de clignements des yeux relevée pendant le parcours avec conversation téléphonique.

Les auteurs présentent cette hausse comme un signe compatible avec une diminution de la vigilance et de la concentration.

Les distractions deviennent également plus nombreuses

L’expérience comptabilise 871 distractions sans conversation contre 1 020 avec conversation, soit une augmentation de 17 %.

Dans le protocole, une distraction correspond à un comportement qui empêche momentanément de regarder la route, par exemple un regard vers le compteur, le tableau de bord ou le GPS, une fermeture des yeux ou certaines manipulations d’équipements.

Les réflexes sont-ils réellement moins rapides pendant un appel ?

Chez les participants étudiés, le temps de réaction moyen augmente lorsqu’ils sont en conversation.

Un test cognitif demandait aux conducteurs d’effectuer différentes actions présentées aléatoirement pendant leur conduite.

Sans conversation, leur temps de réaction moyen atteint 0,97 seconde. Pendant la conversation, il passe à 1,11 seconde.

+14 %

Le temps de réaction moyen est supérieur de 14 % lorsque les participants conduisent en maintenant une conversation téléphonique.

L’écart représente 0,14 seconde. Le résultat montre que, dans les conditions de cette expérimentation, les conducteurs commencent en moyenne à réagir plus tard lorsqu’ils doivent également participer à une conversation.

Lorsqu’un danger apparaît, l’étude relève aussi une forte différence dans les clignements des yeux : leur nombre passe de 50 sans conversation à 93 avec conversation, soit une hausse de 84 %.

Quelles erreurs deviennent plus fréquentes pendant une conversation ?

Les différences ne concernent pas uniquement les mesures du regard et des réflexes. Elles apparaissent également dans la manière de conduire.

Comportement Sans conversation Avec conversation Différence observée
Excès de vitesse 3,7 en moyenne 4,4 en moyenne +20 %
Flashs radar 0,15 en moyenne 0,31 en moyenne +107 %
Freinages brutaux 4,77 en moyenne 5,92 en moyenne +24 %
Erreurs GPS 0,19 en moyenne 0,35 en moyenne +84 %

Une surveillance moins importante du compteur

La vitesse fournit un exemple concret de la façon dont une conversation peut concurrencer une autre tâche.

Sur l’ensemble du parcours, les participants passent 4 minutes et 10 secondes à regarder leur compteur lorsqu’ils ne sont pas en conversation. Ce temps descend à 3 minutes et 40 secondes pendant la conversation.

Parallèlement, le nombre moyen d’excès de vitesse passe de 3,7 à 4,4, soit une augmentation de 20 %.

Trois contrôles radar étaient également intégrés au trajet. Le nombre moyen de flashs passe de 0,15 sans conversation à 0,31 avec conversation.

Des freinages brutaux plus fréquents

Le nombre moyen de freinages considérés comme brutaux atteint 4,77 sans conversation et 5,92 avec conversation, soit une hausse de 24 %.

L’étude montre parallèlement une augmentation du temps de réaction. Il serait toutefois excessif d’affirmer que tous les freinages supplémentaires sont directement causés par ce retard : le protocole met en évidence les deux différences, mais ne démontre pas ce lien pour chaque événement.

Davantage d’erreurs en suivant le GPS

Le nombre moyen d’erreurs de navigation passe de 0,19 à 0,35 lorsque les conducteurs sont en conversation, soit une augmentation de 84 %.

Rater une indication n’est pas nécessairement dangereux. Une erreur de navigation peut toutefois créer une nouvelle difficulté si l’automobiliste cherche ensuite à modifier rapidement son itinéraire ou à changer de voie tardivement.

Ville, départementale, autoroute : les résultats sont-ils identiques ?

Non. Les effets observés ne sont pas exactement les mêmes selon l’environnement de conduite.

Sur autoroute

Sur la partie autoroutière, le temps d’attention visuelle à la route reste proche : 85 % sans conversation contre 84 % avec conversation.

En revanche, les clignements des yeux passent de 77 à 127, soit +65 %. Les distractions augmentent également de 220 à 278, soit +26 %.

La proportion du temps passé à regarder directement vers l’avant recule de 77 % à 74,5 %.

Sur route départementale

Le temps d’attention à la route reste lui aussi similaire, avec 80,2 % sans conversation et 81,3 % avec conversation.

Les chercheurs enregistrent cependant 48 % de clignements supplémentaires et 12 % de distractions supplémentaires pendant la conversation.

En ville

Les résultats sont moins homogènes. Les clignements augmentent de 33 %, mais les distractions enregistrées passent de 60 à 56. Le temps d’attention à la route reste également proche entre les deux conditions.

Pourquoi cette nuance est importante : l’étude ne montre pas que tous les comportements se dégradent systématiquement dès qu’un conducteur commence à parler au téléphone. Elle met plutôt en évidence plusieurs différences convergentes lorsque l’ensemble des mesures est considéré.

L’étude a-t-elle observé davantage d’accidents ?

Oui. Sur le simulateur, le nombre moyen d’accidents relevés est nettement supérieur pendant le parcours avec conversation téléphonique.

Il passe de 0,15 accident en moyenne par participant sans conversation à 0,46 avec conversation.

+206 %

Dans l’expérience, le nombre moyen d’accidents enregistrés est environ trois fois plus élevé pendant la conversation téléphonique.

Ce résultat est important, mais il ne faut pas lui faire dire davantage que ce que l’expérience permet de démontrer.

Il serait incorrect d’affirmer à partir de cette seule étude que téléphoner multiplie systématiquement par trois le risque réel d’accident. L’expérimentation repose sur 26 personnes et a été réalisée sur simulateur.

Le chiffre de +206 % décrit donc la différence observée entre les deux conditions expérimentales, et non le niveau de risque applicable à chaque automobiliste sur une route réelle.

Pourquoi regarder la route ne suffit-il pas toujours ?

Les conclusions de l’étude mettent en avant la notion de charge cognitive.

Conduire nécessite déjà de traiter de nombreuses informations simultanément : vitesse, trajectoire, distances avec les autres véhicules, panneaux, rétroviseurs, GPS et événements imprévus.

Une conversation ajoute d’autres opérations mentales : écouter, comprendre, réfléchir, mémoriser éventuellement une information et formuler une réponse.

Le conducteur peut donc conserver son regard vers la chaussée tout en disposant de moins de ressources pour analyser ce qu’il voit.

« Tant que mes yeux restent sur la route, l’appel ne me déconcentre pas. »

Les résultats de cette expérimentation montrent une situation plus complexe. Le temps consacré visuellement à la route reste presque identique, mais le temps de réaction augmente de 14 % et plusieurs comportements à risque deviennent plus fréquents pendant la conversation.

Que peut-on réellement conclure de cette étude ?

L’étude montre que, chez les participants et dans les conditions expérimentales utilisées, une conversation téléphonique s’accompagne de plusieurs signes de dégradation de la vigilance et de la conduite.

Elle présente cependant plusieurs limites à garder en tête.

  • Seulement 26 personnes ont participé. L’échantillon est donc trop limité pour considérer chaque pourcentage comme une estimation précise applicable à tous les automobilistes.
  • La conduite était simulée. Le simulateur permet de reproduire les mêmes événements sans exposer les participants à un danger réel, mais il ne reproduit pas nécessairement toutes les réactions rencontrées sur route ouverte.
  • La conversation était quasi continue et réalisée avec une IA. Les résultats ne permettent pas de savoir si toutes les conversations produisent exactement les mêmes effets.
  • Les différences observées doivent rester replacées dans le protocole expérimental. Une hausse mesurée chez ces participants ne signifie pas automatiquement qu’elle sera identique chez tous les conducteurs.

Ce qu’il faut retenir avant de répondre à un appel en voiture

  • La conversation téléphonique n’empêche pas nécessairement le conducteur de regarder la route.
  • Chez les 26 participants, le temps de réaction moyen augmente de 14 % pendant la conversation.
  • Les excès de vitesse augmentent de 20 % et les freinages brutaux de 24 % dans les conditions de l’expérience.
  • Les erreurs de suivi GPS augmentent de 84 %.
  • Le nombre moyen d’accidents sur simulateur augmente de 206 %, sans que ce chiffre puisse être directement transposé au risque réel de chaque automobiliste.

Cette étude apporte ainsi un éclairage particulier sur le téléphone au volant : la distraction n’est pas forcément visible. Le conducteur peut avoir les mains disponibles, regarder devant lui et continuer à vérifier ses rétroviseurs, tout en consacrant une partie de son attention à la conversation.

Les résultats suggèrent donc que la question ne se limite pas à savoir si le téléphone est tenu en main. Lorsqu’une conversation mobilise l’attention, elle peut concurrencer les ressources mentales nécessaires pour surveiller sa vitesse, suivre son itinéraire, anticiper un événement et réagir rapidement.

Questions fréquentes sur les conversations téléphoniques au volant

Une conversation téléphonique peut-elle déconcentrer sans regarder le téléphone ?

Oui. Dans cette expérimentation, les conducteurs continuent globalement à regarder la route pendant la conversation, mais leur temps de réaction augmente et plusieurs erreurs de conduite deviennent plus fréquentes. La distraction peut donc être cognitive et pas uniquement visuelle.

De combien le temps de réaction augmente-t-il pendant un appel ?

Chez les 26 participants étudiés, le temps de réaction moyen passe de 0,97 seconde sans conversation à 1,11 seconde avec conversation, soit une augmentation de 14 %.

Parler au téléphone augmente-t-il les erreurs de GPS ?

Dans cette étude, le nombre moyen d’erreurs de suivi GPS passe de 0,19 sans conversation à 0,35 pendant la conversation, soit une augmentation de 84 %.

Téléphoner au volant multiplie-t-il le risque d’accident par trois ?

L’étude observe environ trois fois plus d’accidents sur simulateur pendant la conversation, avec une hausse de 206 %. Mais elle ne permet pas d’affirmer que le risque réel de chaque automobiliste est multiplié par trois : l’expérience ne compte que 26 participants et se déroule sur simulateur.

Pourquoi le mains libres ne supprime-t-il pas toute la distraction ?

Un système mains libres évite d’avoir à tenir le téléphone, mais il ne supprime pas l’effort nécessaire pour écouter, comprendre et répondre. Une partie de l’attention du conducteur peut donc rester mobilisée par la conversation.

Étude source

Titre : Quel est l’impact d’une conversation téléphonique sur la vigilance au volant ?

Étude réalisée par : OpinionWay pour Assurance Prévention, avec Develter Innovation pour le dispositif expérimental.

Publication : rapport d’étude.

Année : 2026.

Population étudiée : conducteurs âgés de 21 à 59 ans, titulaires du permis B et utilisant régulièrement une voiture personnelle et un téléphone.

Taille de l’échantillon : 26 participants.

Type d’étude : expérimentation contrôlée sur simulateur comparant le même parcours sans conversation téléphonique et avec conversation quasi continue.